La ménagerie policière

Il y a peu, on s’est amusé avec les tête-à-queue de la langue verte et autres contradictions inévitables quand on jaspine un peu l’argomuche. Si se forcer à un registre argotique sous prétexte d’écrire du policier – genre littéraire populaire s’il en est – sombre vite dans le ridicule, je suis très attaché au registre de langue « pop. v. fam. », comme on dit dans les dicos parcimonieux, et décidé à participer à ma faible mesure à en faire connaître les richesses.

Or vu la thématique du blog, il me semblait logique de causer un peu du vocabulaire spécifique à la police. Il ne faut pas se fier au titre, loin de moi l’envie de dire du mal des policiers. Déjà, c’est dangereux. Non contents d’avoir les armes, ils ont en plus la justice et on ne compte plus les impudents, certes imprudents, ayant été condamnés pour avoir dit ou écrit du mal de ces gens là. Mais surtout, ce serait ingrat de ma part. Je veux dire, quand on est fan de polar, a fortiori quand on en écrit un peu, on a bien besoin de meurtres non reconnus, de jeunes blessés dans des circonstances troubles et autres violences gratuites. Or il faut bien le dire, ce sont des domaines où les policiers excellent, se dépassent sans cesse. Je me suis bien déjà un peu servi de leurs talents pour Ripolin, mais la mine d’inspiration est infinie. Bref, loin de moi l’envie de dire du mal des policiers, d’ailleurs mon titre est plutôt une déclaration d’amour vu que j’adore les animaux.

ACAB (ALL CATS ARE BEAUTIFUL)
ACAB : All Cats Are Beautiful

Simplement, il faut bien le dire : la police c’est une vraie ménagerie. Une dernière fois, ce n’est pas par méchanceté à leur égard, mais il faut reconnaître qu’on aime bien leur donner des noms d’oiseaux. Ne niez pas, vous avez déjà du utiliser le terme de « poulets » pour désigner les flics, à moins que vous ne préférez un de ses dérivés que sont « poulagas », « poulard », « poulardin » ou « la poulaille »! Dans la même veine quand on parle de « roycos » ce n’est pas pour traiter les policiers de royalistes (là, l’outrage serait manifeste) mais en référence à la célèbre marque de bouillon de poule.

Si votre vocabulaire est un peu plus désuet, peut-être avez vous quitté la basse-cour pour chasser le gibier à plume, on appelle alors les poulets des « perdreaux ».

S’ils n’ont jamais fait le printemps, les perdreaux qui patrouillaient à vélo ont longtemps été équipés des bicyclettes stéphanoises de Manufrance du modèle hirondelle (alors que dans les années 1950 leurs confrères en voiture se sont vus confier des véhicules pie, de couleur noir et blanc), de plus ils portaient des pèlerines noires dont la silhouette pouvait rappeler celle de l’oiseau migrateur. Toujours est-il que si votre polar est un peu ancien, vous pourrez y trouver des agents sous le nom d’ « hirondelles ».

Macron (tête de cron, disent les informaticiens) ayant annoncé le retour d’un service national obligatoire, ce sera peut-être le retour des « pics-verts », comme on appelait celles et ceux qui faisaient leur service militaire dans la police nationale (car ils portaient des épaulettes vertes).

Ce tour des noms de volatiles serait incomplet si on ne rappelait pas que les policières chargées de distribuer des papillons sur les pare-brises des véhicules mal-garés (ou sans paiement suffisant) sont surnommées les « alouettes ».

Puisqu’on est en pleine crise bucolique, profitons-en pour quitter un instant le règne animal et faire un bref crochet par le monde végétal. Vous pensiez peut-être que les prunes poussent sur les pruniers et les amendes sur les amandiers. Faux ! Ces fruits ont à une époque été ceux des « aubergines » puis, plus longuement, de cette jolie fleur qu’est la « pervenche » (en raison des couleurs successives des uniformes des contractuelles chargées de distribuer les contredanses).

Pour revenir aux animaux sans quitter les champs, précisons que dans certains coins de Bretagne, celles et ceux qui considèrent la police et la gendarmerie françaises comme des forces d’occupations désignent ses agents sous le nom de « doryphores », de la même manière que l’on désignait les occupants nazis, du nom de cet insecte parasite causeur de famines pendant la seconde guerre mondiale.

Continuons avec les héritages des occupants allemands, puisque l’expression « mort-aux-vaches » vient de la guerre de 1870 et de «mort aux Waches » (wache signifiant sentinelle dans la langue de Karl Marx).

Si vous avez obtenu satisfaction meurtière, on parle généralement plus de viande de bœuf que de viande de vache, sans se soucier de savoir si l’animal, de son vivant, était un castrat ou non. Et bien, pour les policiers, quand les « bœufs » s’en mêlent, on peut dire que les carottes sont cuites. D’ailleurs pour désigner l’IGPN (la police des police, ceux sensé traquer les flics « Véreux ») le terme bœufs est plus couramment utilisé en version complète, on parle alors des « bœuf-carottes ». Notons que cette appellation est spécifiquement française puisqu’aux états-unis (pays moins gastronomique), on désigne ce service policier particulier sous le nom de « Rats squad » (brigade des rats).

Hors de ces comparaisons avec les bovidés, vivants ou non, le langage s’aventure régulièrement dans le domaine des équidés. Si le terme « bourrique » (ânesse) sert initialement surtout à désigner les indics1, son apocope « bourre » désigne bien l’employeur des bourriques à savoir les cognes. Enfin, sachez que le mot « bourrin » (cheval) est plus précisément réservé à la brigade des mœurs. Quand ces derniers planquent c’est donc l’occasion unique de voir des bourrins dans un sous-marin pour surveiller des maquereaux à l’aide d’un bigorneau (système d’écoute téléphonique)… Pour en finir avec le monde équestre, quand les policiers déboulent, on dit bien que « la cavalerie » débarque.

Les gendarmes sont réputés plus passifs et benêts que les policiers, d’où le fait que le terme de « pandore » leur soit le plus souvent réservé car il n’a rien à voir avec la première femme de la mythologie grecque. Le pandore est également un coquillage bivalve, traiter un gendarme de pandore, c’est donc comme le traiter de bulot, ce qui n’est certes pas gentils avec les mollusques.

En conclusion, je vous rappelle de ne pas dire du mal de nos amis les bêtes, j’ai un pincement au cœur pour mes amis suidés à chaque fois qu’en manif j’entends scander « flics, porcs, assassins » . Quant aux policiers, rappelez-vous qu’ils peuvent vous en faire voir de toutes les couleurs : la preuve quand les bleus vous filent le train, c’est que vous avez la rousse au derrière !


1Les bourriques sont aussi appelées des « mouchards » et des « mouches » du nom de l’inquisiteur Mouchy qui en faisait grand usage. L’usage de ces indics s’est généralisé quand les policiers ont compris qu’ils ne pouvaient plus se contenter de compter sur les « corbeaux » qui sont des délateurs anonymes non-rémunérés agissant de leur propre chef. Les bourriques et les mouchards, si la rémunération de leur service est une pratique courante, ne sont pas des policiers, à l’inverse de la « taupe » qui est infiltrée au sein des malfrats ou du « mouton » qui se fait passer pour un compagnon de cellule pour recueillir les confidence d’un prisonnier.

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2 réflexions sur “La ménagerie policière

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