Présentation

Romance Rouge, Nouvelles Noires : Keskecéti?

Le nom de ce blog n’est pas tout à fait la réalité du blog. Il y aura cependant bien, dans le désordre, du rouge, du noir, des nouvelles et de la romance. Pour être précis, ce site sera l’expression de ma romance avec la littérature noire. Principalement les nouvelles, comme indiqué, mais également les romans noirs.

Noir c’est noir, disait un grand philosophe récemment décédé. Ça me semble une bonne définition, tout à la fois complète et synthétique, mais si vous estimez ne pas en avoir pour l’argent que vous n’avez pas déboursé pour arriver ici, je vous renvoie aux travaux des spécialistes du genre, ce que je ne suis pas. Vous dévorerez ainsi les recherches de Claude Mesplède, engloutirez d’une bouchée la Brève histoire du Roman Noir de Jean-Bernard Pouy et vous goûterez même à l’étonnant Meurtres exquis. Histoire du roman policier de l’économiste Ernest Mandel (qui comme son titre l’indique traite de l’ensemble du roman policier, pas spécifiquement de littérature noire).

La romance s’entend ci-dessus au sens le plus moderne de l’anglicisme désignant une relation sentimentale, mais il n’est pas impossible que vous rencontriez dans les pages qui suivent quelques uns des multiples autres sens du terme. Il est ainsi probable de tomber au détour d’un paragraphe sur cette romance que le Larousse définit comme « Chanson à couplets dont les paroles, accompagnées d’une musique facile, ont un caractère tendre et sentimental. » car vous remarquerez vite que la musique occupe ici une place importante. Il n’est pas exclu (rien n’est d’ailleurs exclu a priori, sachons-le) de tomber sur ces poèmes populaires du XVIIè, car le noir se marrie parfaitement avec la poésie. Je ressentirai enfin une très grande fierté si certaines de ces lignes évoquent pour vous cette définition du Centre National de Ressources Textuelles et Linguistiques : « Au fig., gén. iron., péj. 1. Ce qui évoque une romance par une sentimentalité souvent excessive, une joliesse facile, un aspect désuet. ». Car oui, j’aime l’excès, la facilité et le suranné.

Bon, je vous ai parlé de romance, de noir, de nouvelles avec même du roman en prime. Et le rouge me demanderez-vous ? « Rouge c’est la vie » vous répondrait Thierry Jonquet s’il était encore là pour le faire. Et il aurait doublement raison ; raison d’une si juste réponse et raison d’être encore là.

Rrose Sélavy (Marcel Duchamp)
Rouge c’est la vie #àpeupresque

Le rouge c’est celui du drapeau rouge, de l’espoir de ceux qui ne sont rien. Le rouge c’est celui du vin, depuis les vins tanniques et amples en bouche à la robe grenat le soir au coin du feu jusqu’aux légers grelot gouleyants un midi de canicule. Le rouge, c’est l’amour, il n’y a qu’à penser aux roses rouges, aux jeunes femmes rouges toujours plus belles de Fajardie, à la mariée rouge de Jaouen… Et oui, l’opportunité de lien logique est trop belle pour la louper, le rouge c’est le sang, celui qui coule, celui de la violence (comme une moisson rouge de Dashiell Hammett) et de la douleur, mais aussi celui qui nous irrigue, celui de la vie, de l’égalité et de la solidarité car cogne en nous le même sang. Le rouge de l’espoir des aubes nouvelles, celui de la mélancolie crépusculaire… Le rouge, c’est de l’éclat, de la chaleur, le rouge c’est ce qui est beau et puissant (comme ma romance avec le noir, d’ailleurs le rouge et le noir ne s’épousent-ils pas ?), bref, Jonquet avait tout dit, rouge c’est la vie.

Le noir aussi par ailleurs. Le roman noir est un descendant direct du roman réaliste, celui qui parle de la vraie vie des vrais gens, ceux que notre président considère comme n’étant rien alors qu’ils sont tout. Son prédécesseur n’était pas plus clairvoyant qui les qualifiait de sans dent, s’il avait lu plus de nouvelles et romans noir, il saurait pourtant que le peuple d’en bas peut montrer les dents, avoir un couteau entre les dents et en avoir une contre ceux qui les méprisent.

Je réfute toute association entre le noir et le désespoir. Si le récit de la réalité vous provoque le désespoir, continuez à vous étourdir de ces romans dont les personnages sont des avocats hyper cotés, des grands médecins, des rentiers, des super-flics hyper-performants, des gens beaux et intelligents qui réussissent… Moi, ce sont tous ces gens qui réussissent qui me désespèrent. Parce que, ce que montre rarement l’abondante littérature qui leur est dédiée, c’est la réalité de cette réussite : cette minorité qui dirige le monde réussit à saccager la planète au point que d’ici cinquante ans elle ne sera plus vivable pour beaucoup, elle réussit à accroître sans fin la misère et l’exploitation, à multiplier les guerres, les haines et le repli. Le grand Jupiter français a du retard, le monde entier est déjà dirigé comme une start-up nation, une société où tout se joue sur l’apparence, la compétition outrancière et le profit à court terme. Probablement que comme 95 % des start-up, ils déposeront le bilan dans les cinq ans à venir, et en ce cas, je ferai un billet sur ce blog pour vous inviter à venir danser sur les cendres de leur monde qui n’est pas le nôtre et dont on aspire à être le liquidateur.

BolchOi! Violence rouge, colère noire
Il parait qu’il faut mettre des illustrations sur un blog (illustration : Nono le Hool’s).

Leur monde n’est pas le nôtre, et je ne vois pas pourquoi on serait obligé de se payer des indigestions littéraires en lisant une littérature à leur gloire. La vraie crise du livre, est une crise de sur-accumulation, sur-accumulation de ces conneries si éloignées de notre quotidien.

Le noir, c’est l’inverse. Il ne parle que de la réalité de cette réussite. Ils montre les « vrais gens » qui doivent faire avec cette réussite mais surtout qui sont façonnés par cette réussite. Car le Noir conçoit moins ses personnages et leurs actes comme les étranges fruits de méandres psychologiques individuels que comme résultat d’un environnement social.

Pur produit de mon époque, avant de déblatérer sur la littérature noire, j’ai voulu jeter un œil sur ce qu’en disait saint-Wikipédia. En lisant la première phrase de la partie « définition », j’ai ri. « Le roman noir semble difficile à définir de par sa structure instable et ses diverses variations dans le temps ».

J’ai ri, mais je n’ai pas trouvé ça idiot. On peut effectivement commencer par définir le genre noir par le fait qu’il ne se laisse pas facilement définir et par le fait qu’il est aussi instable que le monde dans lequel il prend racine. La littérature noire, c’est celle qui refuse les cases toutes faites. C’est le roman policier qui peut très bien se passer de policier, et même d’énigme ou d’enquête, car ce qui compte ce sont les gens et ce qu’ils font. En ce sens, je m’oppose vivement au poncif communément admis selon lequel il n’y aurait pas de héros dans la littérature noire. Les personnages ne sont individuellement pas des héros, leur comportement et leurs actes répondent directement à leur environnement, aux circonstances. Mais cet environnement, ces circonstances, ce qu’on peut nommer la société, ce que Marx appelait « l’ensemble des rapports de production », sont eux-même modelés par les actes et comportements des individus qui composent le cœur des romans noirs. Ce sont ces gens qui font le monde à leur petite échelle, la classe criminelle, mais pas que. Le genre noir n’a pas de héros individuels parce que le héro est collectif : tous les individus, aussi méprisés soient-ils, sont des héros puisqu’ils font collectivement l’histoire. Take no heroes, but working class heroes.

Il est vrai que le roman noir et en particulier le néo-polar cède le plus souvent à un déterminisme forcené et sans issue. Mais il ne faut pas oublier un des grands classiques du genre : la logique de l’engrenage. Cet engrenage souvent présenté comme fatal démontre bien que ce sont aussi les comportements de l’humain, ses actes, qui amènent le suivant et le suivant. Chez des Fajardie ou des Manchette, cette logique se teinte de nihilisme et ne peut amener les personnages qu’à leur perte. Mais c’est loin d’être une obligation du genre, il y a d’ailleurs plein de néo-polars géniaux dont les personnages parviennent à modifier favorablement le cours des choses, il en sera aussi question sur ce site. Et puis moi, même si on me montre que tout va mal, ça ne me désespère pas, ça me donne encore un peu plus envie de tout changer.

Le noir c’est la vie, j’ai déjà dit. Même s’il peut s’y passer des choses sortant sérieusement de l’ordinaire, même s’il peut y avoir des personnages hauts en couleurs, la matière première de la littérature noire, c’est la vie quotidienne des gens ordinaires. Elle ne commet pas d’ostracisme, tout le monde y a sa place et donc tout le monde peut la lire et se sentira concerné.

De fait, l’objectif de Romance Rouge, Nouvelles Noires (qu’on va abrévier R2N2, parce que sois fainéant) est de s’adresser à toutes et tous. Un blog sur la littérature noire, c’est de facto un blog sur et pour :

les étudiants en que-dalle, les retraités des mines et les employés de bureau. Pour les mains calleuses et les dos tordus, les révoltés du bloc B, la détenue du couloir de la mort, la fille rebelle, la fille typique, les mauvais garçons, ceux qui mènent une vie pour rien, tous ceux qui ne croient plus en rien, tous ceux qui n’ont rien du tout, qui n’ont pas d’identité, les gangsters

Quatre lieux clés pour faire un monde

Si vous avez compris l’esprit global du blog, on va pouvoir passer aux détails. Si vous n’avez pas compris, navré de vous laisser en rade mais moi, il faut que je poursuive, j’ai une bière qui m’attend. La littérature noire n’aime pas trop les cases et c’est entre autre pour ça qu’on l’aime. Cependant, les rubriques, c’est quand même pratique pour naviguer sur un blog. Je vous en présente donc quatre pour ne pas faire mentir le sous-titre et, si un jour il en apparaît d’autres, on leur laissera le soin de le faire. La présentation des catégories sera l’œuvre des catégories elles-même.

La morgue

Ici, on va s’amuser à disséquer un peu ce qui s’écrit, explorer un peu les organismes de la littérature noire, tâcher de reconstituer ce qui a bien pu amener ces œuvres dans nos tiroirs et les conséquences concrètes ou non. N’attendez pas les rapports d’un médecin légiste qualifié et chevronné, mais plutôt un curieux qui se propose de fouir les entrailles avec vous. Je n’ai aucune qualification en littérature, aucune science ni infusion, aucune connaissance biblique ou coranique, juste pas mal de passion.

Le comico

C’est là que j’y commets mes bavures. Parce que non content de lire, il m’arrive d’écrire. Pas en professionnel ou en amateur éclairé, juste en scribouillard comme tout le monde. Sauf que je me suis dit que si quelqu’un pouvait prendre un dixième du plaisir que j’ai à écrire en me lisant, ou encore un centième du bonheur qu’a pu me procurer la lecture de textes sans prétention de gribouilleurs du dimanche sans ambition… et bien je me suis dit que ça pouvait valoir le coup de jeter quelques textes en pâture dans le grand web sauvage, pour la gloire. J’ai dit qu’ici c’était le commissariat, alors vous vous en doutez, c’est une zone ou le droit n’existe pas. Vous êtes donc tout à fait libres de tout y imprimer, télécharger, photoco-piller, citer, parodier, moquer, etc. Si vous le voulez bien, ça peut paraître de bonne guerre le cas échéant de citer votre source afin que d’autres puissent s’y abreuver, mais si ça vous emmerde… Vous n’avez pas à vous soucier de ce que je pense puisque de toute façon je ne peux rien y faire. Si ça me défrise, je n’avais qu’à pas livrer ça en pâture.

Haine brigade : commissariat blues
Commissariat blues, ça vous dit quelque chose?

Tout ce que je souhaite, c’est que ce comico soit comme les vrais, que vous sachiez quand vous y entrez mais jamais quand vous en sortirez.

Le bistrot

C’est l’histoire d’un bar… Le lieu le plus important de toute société. C’est là qu’on croise du monde, que les infos fusent… J’y parle de ce que les autres écrivent ou font autour de la littérature noire. De l’actu littéraire, des critiques de bouquins ou de nouvelles, du copinage littéraire, de la publicité non rémunérée (si vous voulez que ça change, tâchez de me contacter discrètement, bien qu’elle soit étique, j’y tiens à mon éthique apparente), des avis pas toujours tranchés sur des tranches de vie…

La décharge

Une décharge, on ne sait pas ce qu’on y trouve. Peut-être quelque cadavre, les trésors de guerre de trafiquants quelconques, des chineurs, des ados faisant les cons et des cons chassant les ados et les chineurs, peut-être même, qui sait, des ordures… Promis, je ne vous joue pas le mystère pour le plaisir de vous mystifier, moi-même je ne sais pas ce qui s’y trouvera. Cette rubrique-ci, je l’ouvre à titre préventif, pour y entasser ce qui refusera d’entrer dans les autres cases de mon cru.

Conclure l’introduction sans introduire de conclusion

C’est déjà un peu long pour une simple présentation, isn’t it ? On va donc en rester là, ou presque. Maintenant la suite s’écrira toute seule. Comment, non ? Il va encore falloir que je me mette au turbin ? Ben vous voyez, ce n’est pas gagné. Est-ce que ce blog va en rester là pour cause de flemmingite aiguë ? Je ne pense pas, c’est le premier pas qui compte il paraît, enfin on verra. Peut-être aussi continuerai-je à alimenter le blog dans le vide, sans qu’il ne réponde à un besoin. Ce n’est pas très important, mais si vous avez scrollé jusqu’ici, je suppose que j’ai du retenir un peu votre attention, c’est déjà bien engagé.

Dernière chose, je vous ponds une présentation sans me présenter, alors qu’il paraît que c’est par ça qu’on commence. Pourtant, juré je suis bien élevé, en plein air, nourri au grain, tout le tintouin.

La vérité, c’est que sans avoir l’air d’y toucher, je pense vous en avoir déjà dit pas mal sur moi au travers de la présentation du blog. Si vous trouvez que ce n’est pas encore assez, trouvez les 22 titres de chansons disséminés sur cette page, parfois en toute lettre, d’autres de manière plus allusive (oui, 22 comme le calibre et comme 22 v’là les flics, sûrement un hasard). Ça vous donnera une idée plus précise sur le personnage. Pour le reste, il s’agissait bien d’une présentation du blog et non de son auteur

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3 réflexions sur “Présentation

  1. Pourvu que la motivation tienne, ça donne envie de voir plus loin.
    En lisant j’ai beaucoup pensé à Asimov dans sa période robot ; Elijah et Daneel avant tout.

    Bon courage pour tout, à bientôt de te lire encore.

    H.D.

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